Le bitcoin, un mirage nécessaire?

Le phénomène du bitcoin et les sautes d’humeur de son cours ne passent pas inaperçus. Sa flambée ces dernières années en aura surpris plus d’un. Bienheureux ceux qui auront retrouvé dans leur tiroir l’une ou l’autre trace d’un exemplaire de 2007 (le bitcoin ne valait rien ou presque).

Qui sont les investisseurs du bitcoin?

Si l’on établissait des statistiques sur le profil des fervents adeptes cryptomanes, on trouverait sans doute -en Europe tout au moins- un public plutôt jeune et familiarisé avec les espaces virtuels. En revanche (et c’est une des lacunes de notre système d’enseignement), nombreux sont ceux qui agissent sans connaissance des marchés financiers et de leurs règles.

L’enrichissement (présumé) grâce à ces monnaies virtuelles nous apparaît démesuré et scandaleux en regard des années de labeur nécessaires pour obtenir une pension légale. Or peu de jeunes croient en la pérennité d’un tel système à long-terme. Et pourtant, il n’y a toujours pas d’avenir en dehors de ce modèle traditionnel.

Pour ses partisans plutôt jeunes, le bitcoin est peut-être avant tout un moyen de s’enrichir sans la nécessité d’exercer un travail rémunéré tout au long de l’existence… Le chômage diminue en Europe et aux Etats-unis, mais la précarité du travail conditionne des salaires stagnants, des exigences de plus en plus prégnantes (je pense à l’omniprésence de la “résistance au stress” dans les annonces d’emplois), des problèmes de financement d’emprunts pour payer des études peut-être inutiles puis fonder un foyer dans un logement financièrement accessible. Un leurre, selon moi, si l’on s’en tient au bitcoin et ses extensions multiples (plus de deux mille à ce jour).

Si notre modèle financier se poursuit, avec ses lois du marché qui relèguent la jeunesse aux oubliettes (ou aux métiers en pénurie), nous, héritiers de la tradition du salaire et investisseurs à nos heures, connaîtrons sans doute une crise générationnelle majeure.

Nous trouverions alors des jeunes désarçonnés par l’incertitude de l’avenir face à des moins-jeunes qui cherchent à asseoir leur statut actuel et semi-protégé…

Un leurre, sans doute

Dans ce contexte, les crypto-monnaies peuvent ouvrir un sas, une révolution bienfaisante.

Le drame serait que ce ne soit qu’un mirage, voire la plus grande escroquerie de l’histoire financière contemporaine. Plusieurs caractéristiques de ce processus me le font penser.

1. Les détenteurs des clés magiques sont par définition inconnus.

Or, comme me le disent les investisseurs du bitcoin, la crypto-monnaie n’a d’autre valeur que celle qu’on lui donne (j’allais écrire : “qu’on lui prête”). L’erreur est de penser par là aux investisseurs qui feraient la pluie et le beau temps, et non aux maîtres des données. Comment expliquer autrement ces mini-crashs suivis d’embellies tout aussi radicales?

Dans notre référent boursicoteur, nous savons qu’une volatilité particulière d’un titre, voire d’un secteur est souvent le fait de mouvements concertés de la part de groupes “short” ou “long”. Avec les crypto-monnaies, si mon pressentiment se confirme, il n’y a même plus besoin d’une règle comme nous en connaissons pour les marchés boursiers : Il suffit de vendre à profit et d’acheter à bon compte selon des cours fictifs. Du moment que d’autres continuent de suivre ces marchés..

Dans ce sens, en effet, le bitcoin a sans doute de beaux jours devant lui. Le verdict tombera le jour où les investisseurs du bitcoin chercheront à convertir ces monnaies en “véritable argent” et pour des biens non-virtuels : un logement, un confort meilleur que la simple survie. Mais quand viendra naturellement le moment de la conversion de façon massive (et non par la seule vente ou l’achat de la monnaie elle-même), il est à craindre que les crypto-opérateurs seront aux abonnés absents.


2. La richesse est un indice global des ressources planétaires.

Il est impossible, en théorie du moins, de posséder plus que ce que les ressources terrestres peuvent fournir. C’est bien le problème de la dette, qui ressemble parfois à une imposture envers les générations suivantes, qu’il s’agisse des questions d’environnement réglées sur un court-terme, ou de la répartition inégale des chances de vivre décemment.

Du reste, si l’on parle des leurres de la crypto-monnaie, n’oublions pas que notre génération vit d’emprunts sans précédents dont le remboursement est hautement improbable. Lorsque un dirigeant d’Etat réduit des impôts en amplifiant une dette déjà colossale, les marchés battent tous les records. L’optimisme et l’euphorie s’installent… pour les âges mûrs d’aujourd’hui. Tant pis pour les suivants.

Rappelons-nous aussi que cet endettement n’est supportable qu’avec des taux bas. Or, ceux-ci sont artificiellement maintenus, via les banques centrales. On pourrait dire que nous ne sommes pas loin ici des non-sens de la crypto-monnaie, dès lors que nous ne respirons plus que grâce à la fausse-monnaie créée de toutes pièces pour maintenir les marchés à flots.

Conclusions

Ce qui s’annonce aujourd’hui n’est peut-être finalement qu’un début de changement profond. La vieille société des marchés que nous connaissons, l’argent qui en découle, corrompu par des pratiques avérées, disparaîtront peut-être des quotidiens.

Si nombre de spécialistes prédisent une refonte de nos bases financières et de consommation, ce n’est sans doute pas dans le système cryptomane. Il reste qu’une solution devra émerger dans ce sens. D’éminents économistes dénoncent l’impasse du système basé sur un revenu universel. Et peut-être en effet est-il déjà trop tard pour imaginer son instauration dans un monde endetté jusqu’au cou.

Mais pourra-t-on faire longtemps encore l’économie d’une idée comme celle-là? J’en doute et ne connais pas la solution.La priorité est d’éviter un crash majeur, à savoir l’installation d’un modèle semblable au bitcoin hors de toute direction politique. Là où des Etats chercheront réellement des alternatives permettant d’éviter la débandade et le désespoir, on verra la crypto-monnaie baisser de valeur. Si ce constat se vérifie, il faudra alors un courage politique fort et bienveillant pour instituer ce qui ne serait qu’un équilibre entre le travail rémunéré et l’allocation universelle.

Il faudrait pour cela repartir à (presque) zéro, en annulant la dette. Ce serait le prix à payer pour respecter les générations à venir.

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