Depuis mon premier article sur le sujet, aux tout débuts de l’épidémie, beaucoup de réponses ont été apportées sur le COVID-19, mais il subsiste toujours de nombreuses inconnues à l’heure où j’écris ces lignes.

Le vaccin, seule issue à la pandémie ?

A moins d’un affaiblissement du virus – qui reste toujours possible, y compris en cas de mutation – je pense que ce sera le cas. Il n’y a en effet que par ce moyen que nous pourrons bénéficier d’une immunité suffisamment étendue au niveau de toutes les couches de la population.

Celle-ci sera aussi nécessaire pour endiguer d’éventuelles nouvelles vagues, toujours possibles également.

L’immunité collective

On a aussi beaucoup parlé de l’immunité collective. C’est une option face à des épidémies peu sévères. Mais dans le cas du COVID-19, il faudrait malheureusement sacrifier un nombre trop important de personnes contaminées.

Confinement contre le COVID-19

Par ailleurs, pour arriver à une immunité collective, il faut atteindre entre 50 et 70% de séroprévalence (personnes ayant déjà contracté le virus). Nous en sommes loin aujourd’hui, en tout cas en Europe, avec un nombre compris entre 15 et 20%.

Cela signifie que cette stratégie est sans doute vouée à l’échec à court-terme, et que mieux vaut ne pas jouer avec le feu. Et ne parlons même pas des obstacles éthiques ni des conséquences difficiles à prévoir pour l’économie, la vie sociale, mais surtout les limites physiques et morales des intervenants de première ligne.

Et les confinements?

Enfin, les confinements sont des mesures par essence provisoires et difficiles à installer mais aussi à contrôler.

En santé publique, nous connaissons bien le processus par lequel chaque embryon de bonne nouvelle, même provisoire, fournit une forme de caution à un relâchement qui peut s’avérer expéditif. Et il devient alors difficile de revenir en arrière.

C’est pourquoi je recommande la plus grande prudence quant à la façon dont les chiffres et les tendances sont annoncés.

Où en sommes-nous pour le vaccin ?

Difficile d’y voir parfaitement clair, et ce pour plusieurs raisons. La principale est l’instabilité des informations à propos des études en cours : un seul décès parmi le groupe testé provoque la suspension de l’étude. Quitte à reprendre peu après, provoquant de véritables montagnes russes sur les marchés.

Une molécule de COVID-19
Une molécule de COVID-19

En outre, la mise en œuvre d’un vaccin efficace contre le COVID-19 ne couvrira pas plusieurs incertitudes :

  • A quels types de personnes pourra-t-il être administré ?
  • Quelle sera la durée de sa mise en place, de combien de doses et dans quel délai en disposerons-nous ?
  • Ou encore, le vaccin couvrira-t-il aussi les éventuelles modifications ou mutations du virus ?

Ce que l’on peut pressentir à l’heure actuelle, tient à ceci :

  • Sauf surprise, le vaccin n’est pas pour demain. Si des annonces d’un vaccin pour 2020-2021 ont été formulées, il s’agira aux mieux d’un premier pas, car il faudra attendre pour qu’il soit produit en masse, puis administré. Et des guéguerres pourraient survenir quant au choix politique ou économique d’un vaccin en fonction de son origine géographique. Difficile en effet d’imaginer le recours à un vaccin chinois aux États-Unis et inversement.
  • Lorsqu’il sera produit, il ne sera pas immédiatement accessible à l’ensemble de la population mondiale.
  • Il serait étonnant de voir s’arrêter les recherches d’autres vaccins, basés sur une autre technique, qui pourraient s’avérer plus performantes à moyen-terme ou pour certains types de publics.
  • Le processus est long, puisque les essais à grande échelle doivent être absolument concluants. Mais si l’on considère la durée habituelle du parcours d’un candidat-vaccin, celle en cours pour le Covid-19 est deux fois plus rapide
Les candidats vaccins contre le covid-19

Qui sont les mieux placés ?

Comme on peut le voir dans le graphique ci-dessus, datant de fin octobre 2020, des 154 candidats-vaccins ayant officialisé leur candidature, seuls 11 étaient parvenus à débuter la dernière étape de validation en vue de leur production, puis de leur distribution. Mais les données évoluent.

On inclura Johnson & Johnson malgré l’arrêt, sans doute provisoire, de la phase en cours depuis la mi-octobre, suite à un décès suspect de l’un des participants à l’étude en cours.

Il reste en effet d’autres candidats-vaccins en cours de validation et qui pourraient s’ajouter à cette liste. Je pense à Sanofi, ou GSK, voire à des « challengers » comme Cytodin (le spécialiste du développement des anticorps PRO-140) et beaucoup d’autres recherches.

Notons enfin que de nombreuses collaborations sont déjà établies entre les différents acteurs cités ci-dessous et continueront sans doute de se développer.

Les 11 candidats-vaccins sur les starting-blocks (liste sans doute provisoire) peuvent être répartis comme suit :

Aux États-Unis

  • Johnson & Johnson (en collaboration avec la firme belge Janssens Pharmateucica).
  • Pfizer (avec l’allemande BioNTech).
  • Moderna.
  • Novavax.

En Chine

  • Sinovac (en collaboration avec l’Institut Butantan du Brésil).
  • CanSino (en collaboration avec l’Institut des biotechnologies de Beijing).
  • Sinopharm (en collaboration avec les instituts de recherches biologiques de Pékin et de Wuhan).

En Europe

  • Astrazeneca (avec l’université d’Oxford).

En Russie

  • Le fameux vaccin russe, développé par l’institut de recherches Gamaleya.

Les différentes techniques

Les vaccins de Pfizer et de Moderna recourent à l’injection des parties du code génétique du COVID-19. Une fois à l’intérieur du corps, des protéines virales se développent pour renforcer le système immunitaire.

Les vaccins d’Oxford et de la Russie travaillent sur un virus inoffensif qui affecte les chimpanzés après l’avoir génétiquement modifié pour qu’il soit reconnu comme un coronavirus.

Deux des grands vaccins fabriqués en Chine utilisent le virus COVID-19 d’origine mais sous une forme appauvrie, donc inoffensive.

Pour toutes les stratégies qui seront appliquées, il sera sans doute nécessaire de disposer d’adjuvants pour mieux cibler certaines catégories de personnes.

En Belgique, nous disposons de plasma sanguin mais de très peu d’antiviraux.

La faisabilité d’un vaccin à l’échelle mondiale

C’est un autre aspect fondamental. Il dépendra de la capacité et des délais de production du (ou des) vaccins.

Il s’agira de produire le plus rapidement possible plusieurs milliards de doses. A titre indicatif, Johnson & Johnson promet la mise à disposition d’un milliard de doses en quelques mois.

Et l’éthique

Qui sera prioritaire ? Les personnes âgées, les intervenants de première ligne, les plus fortunés, les pays les plus exposés? La liste des priorités pressenties semble ici infinie…

On sait déjà que la Grande-Bretagne, à ce jour, s’est heurtée à la complexité de cette future décision, et a choisi de ne rien décider sur la priorité à accorder au personnel de première ligne ou plutôt aux personnes à risques.

Une volatilité accrue sur les marchés après la découverte d’un vaccin?

Les enjeux sont immenses.

Si nous pensons que la survenue d’un ou de plusieurs vaccins apaisera les incertitudes économiques liées à la pandémie que nous connaissons, nous faisons peut-être fausse route.

En effet, l’après-vaccin risque de compliquer encore la donne, de renforcer les disparités sociales, d’amplifier les sentiments d’injustice et la révolte, sans oublier les comptes à rendre de la part des gouvernements enclins à l’inertie décisionnelle, puisque tout le monde ne sera pas sur un pied d’égalité.

Quant au premier vainqueur de la course au vaccin, il ne sera probablement pas lui-même le distributeur à grande échelle de sa découverte. Une très grande pointure sera nécessaire.

Le futur vainqueur

J’émets ici une hypothèse qui n’engage que moi : Johnson & Johnson me semble l’acteur le plus probable pour cette mission. Peut-être en partenariat avec d’autres « gros bras », comme Pfizer.

Mais je pense que le vaccin le plus rapide viendra de la Chine ou de la Russie. De la Chine surtout, pour une simple raison : c’est de là que provient l’épidémie de COVID-19.

Sans complot ou autres sottises, il est compréhensible que les chercheurs Chinois disposent d’une expérience plus construite. Rappelons que la Chine a très rapidement transmis le code du COVID-19, sans lequel les recherches auraient pris un retard considérable.

Croisons les doigts pour que le monde s’assagisse et nous préserve de nouvelles complications à l’échelle humaine, éthique mais aussi économique et financière…

Mise à jour du 21 novembre

  • La Chine et la Russie ont déjà lancé des campagnes de vaccination pour plusieurs millions de volontaires (il faut s’entendre sur la notion de “volontaires”, actuellement rétribués).
  • Ces vaccinations, contrairement à ce qui se passe en Europe et aux États-Unis, sont opérées sans confirmation de leur innocuité par la phase finale.  
  • On comprend aussi qu’il y a des enjeux politiques majeurs dans la façon dont les candidats-vaccins sont administrés ou simplement envisagés.
  • Le risque majeur des vaccins de Chine et de Russie  repose sur des facteurs objectifs, à savoir : 
  • Quels effets indésirables éventuels vont apparaître au bout d’une période d’une année ou plus?
  • Pour quelle durée ces vaccins seront-ils efficaces?
  • Ces interrogations ne seront que partiellement résolues après un testing complet. Évidemment préférable.

Du côté des Etats-Unis et de l’Europe :

  • Pour l’investisseur, il semble actuellement impossible de prévoir quel vaccin sera disponible à grande échelle et – surtout – à quels coûts. Il faut savoir que tous les contrats en cours sont secrets. On peut deviner les positions respectives de l’Europe et des États-Unis, voire des autres continents (excepté la Chine et la Russie).
  • Ces positions iront sans doute dans le sens d’une généralisation des vaccins à l’ensemble des populations (et donc pas des mieux nantis). Mais les enjeux économiques risquent de bousculer la donne.
  • Pfizer est actuellement le plus avantageux quant au coût de sa production. En revanche, il nécessite un conditionnement à -70°C. Moderna est plus coûteux, mais moins conditionné aux exigences de Pfizer.
  • Je pense qu’en Europe, Astrazeneca sera choisi parmi les premiers cautionnés, parce qu’européen et aussi moins coûteux. Mais sera-t-il suffisamment efficace?
  • On le devine : l’enjeu économico-politique est majeur et pose une question essentielle face aux garanties éthiques. C’est la raison principale pour laquelle je ne puis pas me prononcer sur l’issue (ou plutôt les issues) des candidats-vaccins, qu’ils soient ou non “en vogue”.
  • À moins d’une immunité collective acquise à plus ou moins court-terme, la course aux vaccins dans le monde ne cessera de générer des surprises.
  • Nous serons donc les spectateurs d’une volatilité accrue des principaux candidats-vaccins au cours des prochaines semaines. Pas impossible que Pfizer encoure un recul, ni Moderna, pour des raisons que l’on ne peut maîtriser.
  • Une conviction tout de même : les candidats-vaccins, quels qu’ils soient, auront besoin d’adjuvants. Ce sont eux qui vont favoriser l’action des vaccins. GlaxoSmithKline est un opérateur majeur sur ce point. 
  • Ceci n’engage que moi, bien entendu.

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