Pendant une crise boursière, beaucoup d’investisseurs se demandent s’ils doivent vendre leurs actions, parfois à perte, pour revenir à une situation totalement liquide, en cash, ou s’ils doivent conserver leurs positions contre vents et marées. Je tente d’apporter une réponse ci-dessous.

Cash is king?

En toute logique, qui ne voudrait pas éviter des moins-values et récupérer des liquidités pour les réinvestir quand le marché atteindra son plancher?

La crise boursière due au Covid-19 aura fait du dégât.

Malheureusement pour nous, il est difficile, si pas impossible, de prévoir les mouvements des marchés de façon constante (on dira timer le marché en anglais). De telles prévisions peuvent être risquées et potentiellement vous coûter beaucoup d’argent si vous vous trompez.

Le seul intérêt de conserver du cash est de faire un gros achat dans un futur proche : remplacement d’une chaudière, achat d’une voiture, frais d’études des enfants, etc.

Mais si vous vous projetez à long terme sur les marchés boursiers, il peut être judicieux de rester investi dans les actions même – et surtout – pendant les périodes tumultueuses.

Souffrez-vous d’aversion aux pertes?

Un des biais les plus répandus en bourse est l’aversion aux pertes. Si vous ne supportez pas de voir votre compte-titres dans le rouge, vous en souffrez peut-être.

L’aversion aux pertes est un mécanisme psychologique qui fait que les investisseurs sont deux fois plus affectés par une perte que par un gain.

Autrement dit, vous souffrirez plus d’une moins-value de 2000€ que vous ne serez heureux d’une plus-value de 2000€.

L’aversion aux pertes est un biais très courant en finance comportementale. Vous pouvez considérer que vous en souffrez si :

  • Un petit drawdown de 5%, même provisoire, vous inquiète au point de perturber votre sommeil ;
  • Vous hésitez pendant des mois ou années avant d’effectuer le moindre achat car vous craignez une baisse des marchés ;
  • Vous éprouvez un besoin compulsif de protéger vos positions avec des stop-loss ou des stop-limit très serrés ;

C’est justement à cause de cette aversion aux pertes que vous pourriez prendre des décisions irréfléchies pendant les périodes boursières agitées.

Pour calmer vos nerfs, posez-vous la question suivante :

Ma thèse initiale sur mes actions a-t-elle changé?

La thèse est la ou les raisons qui ont fait que vous avez acheté vos actions. Si votre thèse est toujours valable, alors vous n’avez aucune raison de les vendre.

Et même mieux ; si leur valeur intrinsèque est toujours la même, vous pouvez vous permettre de compléter vos positions à un prix plus bas.

Pendant une crise boursière, mieux vaudrait se focaliser sur des données quantifiables, comme le free cash-flow dégagé par la société plutôt que sur le prix des actions.

Actions ou cash pendant une crise boursière?

Sur le long terme, les marchés d’actions sont toujours haussiers. Qu’on le veuille ou non, après chaque nouvelle crise boursière, le capitalisme finit toujours par l’emporter et les actions reprennent le chemin de la hausse.

Le S&P 500 a terminé en négatif pendant les crises boursières bien moins souvent qu'il n'a terminé en positif
Les années positives du S&P 500 contre ses années négatives

Bon, alors je reste en cash tant que la reprise se fait attendre

Anonyme

En fait, il n’existe aucun signal fiable qui indiquerait que la volatilité que vous subissez de plein fouet pendant une crise boursière est terminée.

Je dirais même que si vous êtes 100% liquide pendant et après la dégringolade, vous risquez fortement de rater le premier stade de la relance.

Exemple 1 : Auriez-vous pu deviner que le S&P 500 allait remonter de 35% de mars à mai 2020?

Exemple 2 : Qui a osé acheter des actions en mars 2009? Personne, à part Warren Buffett et quelques autres gourous, au sens positif du terme.

On nous prédisait à ce moment-là la fin des banques qui occasionnerait la disparition des actions et donc la faillite du système capitaliste, avec éventuellement un retour au troc.

Véridique, j’y étais.

On nous disait aussi que “le krach ne faisait que commencer” et ces prévisions étaient gravement amplifiées par des gourous comme Nouriel Roubini, qui prédisait l’apocalypse totale en 2010.

Difficile d’oser investir dans ce climat, n’est-ce pas?

Résultat : mars 2009 était le meilleur point d’entrée de toute la décennie, mais ça, personne ne le savait, même pas les gourous auto-proclamés des réseaux sociaux.

On n’est jamais absolument certain que ce soit le bon moment pour investir ou s’il vaut mieux attendre quelques semaines, quelques mois ou même plus.

ken fisher

Vous pouvez rater le début de la reprise

Restons en 2009 pour l’exemple. A l’époque, la reprise a pris la forme d’un V. Le problème c’est qu’on ne peut jamais savoir à l’avance quand la reprise débutera ni si elle aura la forme d’un V, d’un U ou même d’une racine carrée inversée.

Reprise en V en 2009

L’inconvénient pour ceux qui attendent, prêt à dégainer leur cash, est que les premiers stades des reprises sont souvent explosifs.

Au cours de tous les marchés haussiers depuis 1949, les reprises ont fait gagner 17% à ceux qui ont investi 3 mois après le début des remontées, contre 39% à ceux qui sont restés investi et n’avaient donc pas à se soucier de savoir quand elles surviendraient.

Ken Fisher, le fondateur de Fisher Asset Management, nous explique ceci :

L’histoire nous montre que la clé pour être un investisseur gagnant à long terme est de rester patient et discipliné pendant la volatilité.

Ken fisher

Vous augmentez les frais, vous ratez des dividendes

Inutile aussi de vous préciser que plus vous vous agitez, et tentez de trader des ranges, plus vous augmentez les frais de courtage. Croyez-moi, ce n’est pas en faisant des allers et retours avec 3% de gain sur un produit boursier que vous allez dénicher votre premier 50-bagger.

En privilégiant le cash uniquement, vous raterez aussi des dividendes.

Appels de marges

Pendant une crise boursière, et surtout pendant les premiers jours d’un krach, on assiste à un manque total de liquidité sur les marchés. La majeure partie des intervenants tente de se débarrasser de ses actifs au plus vite.

Les ordres de vente passent mal, ou passent bien au-dessous de la limite que vous vous étiez fixée. Les opérateurs professionnels procèdent à des ventes forcées.

A cause de leurs participations à effet de levier, ils doivent en effet absolument récupérer de l’argent pour renflouer leurs courtiers affolés, qui les acculent avec leurs appels de marges.

Cette période de panique totale n’est pas le bon moment pour vendre, mais c’est le bon moment pour acheter.

J’en viens à citer Howard Marks dans son livre la chose la plus importante, que je vous conseille d’ailleurs chaleureusement si vous ne l’avez pas encore lu :

Croyez-moi, il n’y a rien de tel que d’acheter à quelqu’un qui est dans l’obligation de vendre durant un krach, indépendamment du prix. Beaucoup des meilleures affaires que nous avons opérées à l’achat ont eu lieu dans ces conditions

Howard marks “la chose la plus importante”

On le voit, c’est pendant ces périodes où l’affolement a pris le pas sur la raison que de bonnes affaires peuvent être réalisées.

Pendant la crise boursière du Covid19 par exemple, même les actions aurifères d’excellentes qualité, comme les streamers Franco-Nevada, Sandstorm Gold ou le tracker Vaneck Gold Miners, qui réplique les mineurs d’or, ont sacrément mordu la poussière.

L’ETF GDX de Vaneck s’est même négocié pendant une journée avec une valeur liquidative de -8,8% à cause du manque de liquidité sur les marchés. Du jamais vu, et une aubaine pour ceux qui ont eu la chance de le remarquer.

Mais pourquoi ont-ils vendu?

Oui, pourquoi ces produits ont-ils été vendus aussi sauvagement eux-aussi, alors que l’or ne baissait pas et que le prix du pétrole, le plus gros poste budgétaire des mineurs, était réduit à peau de chagrin?

A cause des appels de marges, tout simplement.

Comme je viens de le souligner, certains opérateurs n’ont pas le choix dans ces moments intenses, et sont forcés de vendre des produits très rentables.

Deux mythes sur le timing de marché

Pour terminer, je voudrais passer en revue deux mythes tenaces sur le marché boursier et ceux qui affirment pouvoir le prévoir et le timer.

Premier mythe : vendez tout maintenant et rachetez lorsque le marché baisse.

Même Warren Buffett ne connaît personne (y compris lui-même) qui puisse prédire les mouvements du marché à court terme. De plus, Terry Smith classe souvent les investisseurs en deux groupes – ceux qui ne peuvent pas timer le marché et ceux qui ne savent pas qu’ils ne le peuvent pas.

Les premiers ont un avantage concurrentiel assez important par rapport aux seconds.

Les prévisions nous en disent plus sur ceux qui les font que sur l’avenir.

Warren buffett

Deuxième mythe : je subirais une perte si je ne vendais pas maintenant et que le marché continuait de baisser.

On investit sur les actions pour du long terme. C’est leur essence-même, elles ont été créées pour cela. Ceux qui achètent et vendent des actions pour des gains à court terme ne peuvent pas être classifiés comme “investisseurs”. Je les appellerais plutôt “spéculateurs”, ou encore “parieurs”.

Les investisseurs participent à l’économie réelle en injectant leur argent dans les sociétés qu’ils aiment, ils perçoivent des dividendes et participent dans la mesure du possible aux augmentations de capital ainsi qu’aux assemblées générales. Ils créent de la valeur pour la société en général.

Les spéculateurs ne créent rien. lls augmentent juste la quantité d’euros présente dans leur portefeuille, et encore, quand leurs trades aboutissent positivement. Ceux qui sont présents dans ce groupe ne battent pas le marché, ni ne l’égalisent, et se retirent rapidement de la bourse, à cause des pertes encourues après avoir joué les apprentis-devins.

Voici à ce propos une jolie citation de Charlie Munger, l’acolyte de Warren Buffett :

Apprendre à des jeunes à trader activement des actions est comme les inciter à commencer l’héroïne.

Charlie Munger

J’espère que ce petit exposé sur les crises boursières vous a plu. Suivez-moi sur Twitter pour d’autres analyses : TransactionB

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