Après le meilleur premier trimestre de la décennie, les marchés boursiers poursuivent leur grimpette au deuxième trimestre. Les raisons? Un indice des directeurs d’achat (PMI) chinois meilleur que prévu et l’espoir d’un accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis. Ou simplement une crise de FOMO?

Depuis quelques semaines, les actions cycliques surperforment largement le marché. Et la courbe des taux s’accentue, suggérant que, peut-être, les craintes d’une récession suscitées par l’inversion de la semaine précédente étaient exagérées. Il faut dire que, en plus du bon PMI chinois (Purchasing Managers Index), celui des Etats-Unis a aussi été légèrement supérieur aux attentes, contribuant ainsi à la bonne tenue des marchés.

Attention aux prévisions auto-réalisatrices

Attention toutefois, car malgré toute leur bonne volonté, cet indice est basé sur des opinions et des sentiments qui peuvent être fortement influencés à la hausse ou à la baisse par les marchés et par la conjoncture financière actuelle.

En effet, la faiblesse des ventes de détail aux États-Unis et la hausse incessante des stocks contrastent avec ces enquêtes. Les ventes de voitures et d’immobilier restent également assez faibles. Quant aux emplois temporaires aux Etats-Unis, ils ont également continué à se ramollir et sont donc à surveiller étroitement.

Par conséquent, alors que les marchés boursiers progressent sans cesse, coincés entre de bonnes données économiques et des résultats d’entreprises mitigés, les investisseurs semblent vouloir copier les autres, essayant de placer sur les marchés jusqu’à leurs derniers sous.

Les investisseurs souffrent du FOMO

Dire qu’ils sont touchés de plein fouet par le syndrome du FOMO, pour “fear of missing out”, la peur de manquer quelque chose d’important – serait un euphémisme. On peut remarquer que cette anxiété était également présente au mois de décembre 2018, mais à la baisse! On vendait à qui mieux – mieux. A ce moment-là, ce n’était pas la peur de manquer mais la peur de perdre de l’argent, tout simplement.

En toute logique, les données décevantes des entreprises américaines continueront lorsqu’elles communiqueront leurs résultats du premier trimestre 2019.


La FED est coincée

Mais cette fois, au deuxième trimestre, et contrairement au mois de janvier, je doute que d’autres mauvaises nouvelles puissent encore être accueillies avec optimisme. Les valorisations des actions sont nettement plus élevées aujourd’hui et la Fed n’a presque plus de marge de manoeuvre au niveau des taux. Il ne faut pas oublier qu’historiquement, la première réduction de taux est un signal d’alarme pour les actions car elle laisse présager une croissance encore plus faible.

Selon certains observateurs, la forte baisse des marchés de l’année dernière était principalement due au fait que la Fed allait trop loin avec ses hausses des taux et ses réductions des bilans des entreprises. Le revirement rapide de la Fed, poussée par Donald Trump alors qu’elle est censée être indépendante – un comble – a permis de relancer les marchés boursiers.

Je ne pense pas que la Fed ait commis une erreur de politique l’année passée. Il s’agissait simplement de réagir à la véritable erreur qui consistait à imposer un stimulus budgétaire massif alors que l’économie fonctionnait déjà au plein emploi et ne dépassait que légèrement le PIB potentiel. Réduire les impôts des sociétés n’est d’ailleurs pas une mauvaise idée, car le secteur privé investit en général de manière plus efficace que le secteur public.

Pression sur les marges des entreprises

Les entreprises américaines sont maintenant confrontées à une pression sur leurs marges, qui a commencé à apparaître dans les rapports de résultats du quatrième trimestre.

On dénombre principalement trois excès qui nuisent aux marges :

  • Les coûts de main-d’œuvre
  • Les dépenses superflues
  • L’augmentation des stocks.

Certes, un accord commercial Chine/USA sera probablement conclu. Donald Trump ne peut pas se permettre le contraire politiquement parlant. Il doit éviter à tout prix un krach boursier avant sa réélection en 2020. Il précise d’ailleurs dans un tweet du 4 avril que les négociations vont bon train :

Mais, même quand l’accord sera conclu, nous ne reverrons probablement jamais les saines relations sino-américaine d’avant-guerre (commerciale). Ce qui impliquera sans doute des coûts en permanence plus élevés pour les entreprises américaines, qui devront alors repenser leurs chaînes d’approvisionnement de A à Z.

En résumé, la Fed a elle-même fixé les mauvaises conditions financières qui ont largement contribué au repli boursier de décembre 2018. Et maintenant, elle ne peut pas réduire la pression sur les coûts des entreprises créées par les mesures de relance budgétaire. Ces pressions doivent donc maintenant obligatoirement se traduire par une récession des bénéfices.

Conclusion

Je pense qu’il est illusoire de croire que la récession sur les bénéfices a pris fin par magie parce que les marchés ont repris leur hausse. Et je vois une chance de plus en plus grande que cela se transforme en problème réel si les entreprises décident de protéger leurs bénéfices en réduisant leur main-d’œuvre, leurs investissements et leurs stocks. Les investisseurs, plus que jamais, ne doivent pas céder au FOMO sous peine d’y perdre des plumes…

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