Pendant très longtemps, le pétrole a été vu comme un saint-graal à notre mode de vie confortable, notamment en Occident. Aujourd’hui, la fête n’est plus au pétrole, mais au GIEC, aux énergies renouvelables, ou encore aux voitures électriques.

Mais d’un point de vue purement financier, est-ce que le pétrole a encore sa carte à jouer sur les marchés boursiers ? C’est ce que nous allons tenter de découvrir via ce court article…

Aujourd’hui, en décembre 2021, le WTI est à 66$, et le Brent à 70$.

Rassurez-vous, je ne vais pas tenter d’expliquer pourquoi le baril a chuté ou pourquoi son prix devrait augmenter ou diminuer dans les quatre années à venir. Je suis de ceux qui pensent que les prédictions n’ont aucune valeur.

La voiture électrique, réelle menace ou fantasme ?

Pourquoi aborder la voiture électrique en premier lieu ? Car, dans le monde, les transports en général représentent 56% de l’utilisation du pétrole, comme le montre bien l’image ci-dessous :

Le pétrole, quelles réserves, quelles productions et à quel prix ?
Capture du livre « Le pétrole, quelles réserves, quelles productions et à quel prix ? aux éditions Dunod

Oui, vous avez bien lu, 56% du pétrole est utilisé pour le transport. Théoriquement, la voiture électrique représenterait donc une réelle menace pour l’or noir. Eh bien, c’est un peu plus compliqué que cela.

En effet, voici un comparatif des ressources en matériaux demandées pour une voiture électrique (barre du haut) par rapport à une voiture thermique (barre du bas) :

Comparatif des matériaux entre voiture thermique et électrique

On y apprend notamment qu’une voiture électrique a besoin de 53 kilos de cuivre, contre 22 kilos pour une voiture thermique conventionnelle.

En d’autres termes, il faudrait 9 années à la production actuelle mondiale de cuivre pour couvrir la demande liée à ce changement de parc automobile.

Pire encore pour le nickel ou ce serait 53 années, le lithium 538 années et pour le cobalt, 866 années de production. (Source : USGS Mineral Statistics, GTK Simon Michaux).

Notez que ces années impliqueraient une pleine utilisation de la production de ces métaux uniquement pour le parc automobile.

Alors oui, le progrès technique et l’optimisation feront probablement leur part du travail (ex : la BMW i3), mais nul ne peut aller contre le fait que passer de 0.1% de la flotte mondiale de voitures électriques à 100% est irréalisable, malgré ce que les pouvoirs politiques laissent croire.

Il est très vraisemblable que l’électrique verra une croissance jusqu’à un certain seuil et se stabilisera ensuite autour d’un certain pourcentage du parc automobile mondial.

Comment le pétrole est pricé actuellement ?

Le pétrole est quasiment la seule matière première qui est en quasi déclin depuis 2008, soit 13 années presque consécutives. Le désinvestissement massif au sein de l’industrie pétrolière le montre bien :

CAPEX de l'industrie pétrolière aux USA

Or, le prix du baril est toujours corrélé aux CAPEX (dépenses) de l’industrie :

CAPEX pétrole

Voici également une vue globale du Producer Price Index for Oil, Gas wells services, qui est un indice statistique américain du coût des services pétroliers/gaziers et parapétroliers/gaziers :

Producer Price Index for Oil, Gas wells services

Il y a donc un réel désintérêt actuel des marchés financiers envers le secteur pétrolier, et tout porte à croire que le désinvestissement actuel pourrait mener à un problème d’offre au cours des prochaines années.

Malheureusement pour les sociétés pétrolières, l’ère est actuellement à l’ESG, au renouvelable et au bannissement de l’énergie fossile en général.

Focus sur le pétrole américain et ses implications.

  1. Les US vont-ils abandonner leur indépendance énergétique au profit de fournisseurs étatiques de minerais ?

Biden, farouche opposant au pétrole et adepte du renouvelable semble oublier plusieurs critères importants, notamment celui de l’hyper-dépendance à des pays peu enviables en cas de transition énergétique.

En effet, voici les principaux producteurs des matières premières fortement utilisées dans les énergies renouvelables :

Sources géographiques des métaux utilisés pour l'énergie renouvelable.

Comme vous le voyez, la transition énergétique impliquerait un changement total des chaines d’approvisionnement et rendrait les pays consommateurs d’énergies fossiles hyper dépendants à la Chine par exemple, qui produit plus de la moitié des « terres rares » au monde.

Donc actuellement, le secteur pétrolier et parapétrolier américain est priced comme si les US allaient abandonner leur souveraineté énergétique pour une hyper-dépendance à la Chine, au Congo ou encore à la Russie… Soyons un peu sérieux.

  1. Quel type de pétrole est produit aux US ?

Il faut savoir qu’en règle générale, on parle de « pétrole » comme si le pétrole était un bien unique et sans caractéristique notable. Cependant, il existe autant de types de pétrole que de types de voitures sur le marché. C’est dire…

Par facilité, nous n’allons évoquer que les 2 grandes « familles » produites aux USA, à savoir le pétrole dit « conventionnel » et le pétrole « non-conventionnel », notamment celui issu de gisements compacts, de roche mère.

  • Le pétrole conventionnel est celui que tout le monde connaît. C’est le plus simple à extraire, le moins coûteux et le plus « exploitable » par puit. Bref, c’est celui qui est notamment grandement produit par des big oils, telles que Chevron dans le bassin permien.
  • Celui qui m’intéresse le plus, c’est le fameux pétrole de schiste, très décrié. Mais pourquoi m’intéresse-t-il autant ?
Puit de pétrole américain

Il faut d’abord savoir que le pétrole de schiste est le plus difficile à extraire, car il est emprisonné dans de la roche, souvent du schiste, d’où son nom. Cependant, même s’il est difficile à extraire, et plus coûteux (environ 4 fois plus cher que le pétrole conventionnel, même si cela dépend des endroits et zones). C’est aussi celui qui nécessite le plus de matériel et de services.

En effet, le problème est qu’il est moins rentable que le premier, notamment car chaque puit s’épuise beaucoup plus vite que ceux du pétrole conventionnel.

Aux États Unis, on parle de « stripper wells » pour qualifier les puits ne délivrant que 15 barils ou moins par jour, ce qui est vraiment peu…

Cependant, ces “petits” puits représentent quand-même 76% de l’activité aux USA, et ils délivrent entre 10 et 15% de la production nationale.

Les puits du pays nécessitent donc une forte demande de services, et en moyenne, extraient 50% de la production totale du puit en à peine deux ans. En d’autres termes, si on veut extraire plus de pétrole, il faut forer…

Ces puits appartiennent en grande majorité à des privés ou à des petites sociétés. En effet, n’oubliez pas qu’aux États Unis, quand on est propriétaire du sol, on l’est également du sous-sol.

Et n’oubliez pas que quand la famille américaine traditionnelle a la chance d’avoir du pétrole sous ses pieds, elle ne s’en privera pas, même si le prix du baril se trouve sous la barre des 100 dollars…

Alors, comment jouer le pétrole dans les années à venir ?

Je pense que les sociétés de services pétroliers sont les mieux placées pour pouvoir apporter en tout temps les services nécessaires à l’extraction de l’or noir.

En effet, même quand les temps sont moroses, ils doivent assurer la continuité de la production en aidant les exploitants à poursuivre leurs forages. Il faut savoir que quand une société de forage fait faillite, les débiteurs ne stoppent que très rarement la production, car leur objectif principal est avant tout de se rembourser eux-mêmes.

Par contre, pendant les périodes où l’économie est florissante, ils augmentent leurs prix dans le but de générer plus de free cash-flow.

D’ailleurs, la grande majorité des sociétés de services n’a pas connu de périodes de free cash flow négatifs sur les 10 dernières années (dont l’année dernière, qui a pourtant été particulièrement cruelle pour l’industrie).

Pour investir dans le secteur, le mieux est donc de sélectionner un certain nombre d’oil services stocks.

Les sociétés qui me paraissent les mieux positionnées et n’ayant pas un endettement trop important sont les suivantes :

  • OIL STATES INTERNATIONAL (NYSE : OIS)
  • NOV INC (NYSE : NOV)
  • DRIL-QUIP (NYSE : DRQ)
  • Schoeller-Bleckmann Oilfield Equip AG (VIE : SBO)
  • SCHLUMBERGER (NYSE : SLB)

Le point final

Je suis apolitique lors de mes décisions d’investissement. Je ne suis ni un fan, ni un détracteur de l’industrie pétrolière, mais j’essaye uniquement d’être le plus pragmatique pour trouver des opportunités d’investissement intéressantes.

Je pense que se positionner sur le pétrole actuellement est une façon de contrer la surréaction de l’opinion générale et des marchés liée au pétrole.

N’oubliez pas que vous pouvez regarder la COP26 à la télévision, mais vous ne modéliserez que rarement votre pied sur l’accélérateur, qui délivre pourtant l’énergie nécessaire pour aller jusqu’au travail. Vous ne le ferez pas non quand vous choisissez entre les nouvelles paires de chaussures à la mode, fabriquées en partie avec du pétrole…

Tout est pétrole, et s’en défaire est nécessaire, mais croire que demain sera fait à base d’éoliennes ou d’hydrogène est totalement utopique.

“Prendre le pari du pétrole”, c’est en fait répondre à deux questions :

  1. Est-ce que les USA vont abandonner leur souveraineté énergétique au profit de la Chine ?
  2. Est-ce que demain, nous n’utiliserons plus du tout de pétrole ? (Y compris dans la pétrochimie, ou il n’existe quasiment pas de substituts).

Pour terminer, une étude commandée par le gouvernement hollandais, montre que les ambitions vertes des Pays-Bas consommeraient quasiment la totalité de la production mondiale actuelle de minerais.

L’étude concluait d’ailleurs “qu’il n’est pas possible à l’heure actuelle et avec la technologie existante, et avec la production courante de mener à bien cette transition.”

Avertissement : Les informations contenues dans cette analyse ne sont pas des conseils d’achat. Par conséquent, l’auteur ne pourra être tenu responsable en cas de pertes sur le(s) produit(s) concerné(s). Tout investissement comporte des risques de pertes. Pour plus d’infos, voyez nos mentions légales.

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