Le troc, l’or et la monnaie papier… Voici 2 ans, j’avais publié sur ce site un article très alarmiste sur la situation économique mondiale. Selon moi, la situation d’alors, qui était à peu de choses près, la même qu’aujourd’hui, ne pouvait pas tenir. J’épinglais les boulets russes de Trump, les craintes pour le climat, la faiblesse de l’Union Européenne, l’endettement croissant des États pour soutenir leur politique, et j’affirmais qu’il y avait lieu d’être inquiet.

Voici deux ans, donc, comme peut-être les alarmistes d’aujourd’hui, je me suis trompé.

Les marchés ont poursuivi leur course aux records. Mon erreur portait sur le momentum de la crise annoncée. C’est du reste le grand défaut des alarmistes aujourd’hui : le crash est en vue, certes, mais quand ? Fâcheux pour un prévisionniste…

Depuis, la situation n’a pas évolué d’un pouce, hormis les records. Elle a même empiré. Contre toute logique, dans un climat de guerre commerciale, d’endettement colossal, de taux bas et de fonctionnement systématique de la planche-à-monnaie, les marchés poursuivent leur hausse. Comme si de rien n’était.

Faire tourner la planche à billets ne suffit pas toujours. Le troc avait finalement ses avantages.
Planche à billets

Pour mieux comprendre ce paradoxe, j’ai voulu m’essayer ici à un retour vers l’historique du fondement de l’économie depuis l’arrivée des humains : les règles d’échanges et donc de comparaison de valeurs.

Au début était le troc

A la préhistoire, avant l’avènement de la monnaie, le mécanisme d’échanges de biens et de services était le troc : je t’échange ceci contre cela.

Cette formulation est de tout temps restée présente, mais aux biens et services échangés entre individus, le troc, s’est ajoutée l’offre et la demande à grande échelle.

Jusqu’à l’économisation mondiale que nous connaissons et les échanges via les commerces et les marchés.

La monnaie et les billets de change

Dès l’apparition de la monnaie comme substitut du bien réel, les humains ont découvert qu’il était possible de s’enrichir.

Depuis des lustres, les Juifs, jugés responsables de la mort de Jésus-Christ (un prétexte) s’étaient vu interdire toute possession de biens, en dehors de l’or et de l’argent. Leur unique recours devint le prêt sur intérêt. Et comme les seigneurs de la veille menaient toujours grand train bien qu’affaiblis par la montée de la bourgeoisie, les prêteurs eurent de nombreux clients.

Le prêt se réglait par une lettre de change. Ce document d’engagement permettait à son possesseur (l’emprunteur) de régler ses dépenses. Y déroger engendrait des ennuis (notamment la création et le partage entre usuriers de « listes noires »). Mais ce n’était pas gagné pour autant.

Survint alors une idée « géniale » : J’ai de l’argent que je prête en échange d’une lettre. Pourquoi ne pas émettre plusieurs lettres de change correspondant toutes à l’unique et même somme que je détiens ?

Ainsi a débuté une forme de distorsion entre la valeur matérielle et la valeur « fictive ». Avant le remboursement de sa dette, l’emprunteur faisait donc circuler de l’argent qui n’existait pas vraiment.

Puis survint l’or comme la valeur matérielle de référence

Durant les Temps modernes, dans le souci de mettre de l’ordre dans les échanges et les billets, l’or devint la référence, l’obligatoire contrepartie à la création de valeurs monétaires spécifiques aux nations. Solide, rare, brillant. Durant l’Antiquité, l’or était déjà le signe du pouvoir, du prestige et de la force.

Lingot d'or

A toute création de monnaie par un Etat devait (en principe) correspondre la quantité d’or détenue. Ce fut, jusqu’au milieu du XXème siècle, le règne de « l’étalon-or ». La crise de 1929 procède d’ailleurs du sentiment naïf que la Bourse pouvait « grimper jusqu’au ciel », tandis que la quantité d’or restait stable.

L’étalon-or, une fameuse mais « fumeuse » idée (qui a fait long-feu), dès lors que les deux guerres mondiales – qui conjuguèrent des pertes humaines et financières gigantesques avec des dépenses faramineuses pour progresser dans le conflit – ont engendré des dévaluations considérables (le mark allemand) et une inflation galopante. Le conflit justifiait l’anarchie monétaire des nations en dépit de l’or.

Les accords de Bretton-woods

Les États-Unis, grands vainqueurs de la guerre 40-45, ont dès lors proposé, en 1946, la rencontre d’une centaine de puissances (sans la Russie) pour éviter ces distorsions brutales dans l’avenir. De ces rencontres est advenu le remplacement de l’étalon-or par le dollar. Et l’or ? Il demeurait évidemment une valeur d’échange, mais cette valeur serait partout libellée en dollars.

Suivie du plan Marshall, cette décision confirma le statut des États-Unis comme la première puissance mondiale. On notera que s’ensuivit la naissance du Fonds Monétaire International, sorte d’observateur (ou d’arbitre) des échanges internationaux.

Pour l’Europe, ce « vieux continent » morcelé de petits et de moyens États disposant chacun de leur propre monnaie, la création de l’euro et de l’Union Européenne devait servir à une meilleure unité et une force commune face aux nations dominantes et émergentes. Oui, la Chine fit bel et bien partie, jusqu’à la fin du XIXème siècle, des pays considérés comme « émergents ».

L’or peut aujourd’hui se négocier à une valeur monétaire différente selon le niveau de parité entre le dollar et les autres monnaies. Mais il évolue encore en fonction du dollar, et si le dollar monte, l’or est sensé reculer.

Et à présent ?

A présent, suite aux crises de la bulle Internet et celle des crédits immobiliers en 2008, la donne a changé. Il s’agit désormais d’éviter toute nouvelle crise avec, pour y parvenir, l’impératif soutien des banques centrales à l’économie de marchés.

Mais les autorités financières n’ont peut-être pas suffisamment tiré les leçons de ces crises. Nous en sommes encore affectés, tant les pertes et basculement des classes moyennes vers une situation de moins en moins assurée ont été marquées.

Et nous n’en sommes jamais vraiment sortis. Nous voilà repartis, je le crains, vers un nouveau tour de faiblesse boursière et de crise d’une grande ampleur.

  • Les banques centrales, avec leur politique d’achats d’actifs, de taux bas (ou de hausses de taux suivies d’une baisse), ont accru la dette par la création de monnaie ne reposant sur aucun bien réel (la planche-à-billets). Concrètement, ces mesures ont permis aux marchés leur escalade, tandis que les facteurs objectifs de la santé économique mondiale se sont dégradés. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si aux records boursiers, se sont ajoutés des achats massifs d’or par les banques centrales.
  • Les banques détiennent donc des avoirs qui sont loin de correspondre à la somme de la monnaie qui circule. La digitalisation des paiements, des frais qui augmentent pour la gestion des comptes, ne pourront pas indéfiniment masquer cette situation anormale. La monnaie-fiction nous renvoie aux épisodes des lettres de change et de leur multiplication « virtuelle ».
  • Ce sont bien les citoyens qui paient la note en Europe. Étrangement, hormis les gilets jaunes (très majoritairement en France), on ne trouve pas ou peu d’oppositions, de révoltes. Tout se passe comme s’il était normal d’avoir travaillé des décennies et s’être construit un bas de laine qui n’aura rien rapporté et ne rapportera plus rien (voire de moins en moins).
  • Si la guerre entre nations a généré la fin de l’étalon-or, il est une autre guerre patente qui menace l’économie actuelle : celle entre les générations. D’une part, les jeunes générations qui, on le craint aussi, vivront moins bien que leurs aînés et, d’autre part, des adultes qui gaspillent les ressources de la planète avec un parfait égoïsme.
  • Le jeu de la monnaie fictive au secours des marchés prendra fin le jour où une révolte populaire surviendra, qui ne pourra être confinée. Nous connaîtrions les files devant les guichets de banques si l’inquiétude est telle que les particuliers viendront en masse récupérer leur argent…qui n’existe que dans la fiction. Hélas, la faiblesse de niveau de l’enseignement, le « panem et circenses » médiatique et la désinformation délibérée (à la télé, il est beaucoup question d’argent, mais peu de l’économie) sont là pour étouffer dans l’œuf tout mouvement de contestation d’ampleur. Et, pour ce qui concerne les gilets jaunes, nous avons déjà une idée de ce que peut produire la répression politique et judicaire vis-à-vis de citoyens acculés qui, de façon légitime, tentent de sortir du tunnel où on les a fait entrer.
  • Comme le montre le graphique ci-dessous, le dollar, depuis le milieu du siècle précédent et les accords de Bretton-woods, a perdu plus de 90% de sa valeur par rapport à l’or. Cela donne une idée de ce que l’or pourrait déclencher si, un jour, l’argent perd de sa crédibilité.

Et si on revenait au troc ou, plus probablement, à l’étalon-or ?

Le troc et l’or s’inscriraient dans une rematérialisation nécessaire de l’économie : si une télévision vaut 1 once d’or, cela restera le cas quelles que soient les évolutions économiques. On ne peut malheureusement pas en dire autant au sein du système de monnaie virtuelle tel que nous le connaissons

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